Le répertoire électronique de sources « CartulR » consiste en une base de données évolutive (et donc dans l’état actuel relativement incomplète voire lacunaire), dédiée aux cartulaires manuscrits. L’aire couverte au géographique : principalement la France et la Belgique ; au chronologique : de la naissance du genre au Moyen Âge à la fin de l’Ancien Régime, soit du IXe au XVIIIe s.

Le cartulaire est un recueil de copies de chartes médiévales et/ou modernes : sous la forme d’un codex, ce registre contient donc à la suite des copies d’actes dont les originaux sont souvent aujourd’hui perdus. La valeur de ces recueils est donc essentielle : ce sont là parmi les premières sources des historiens.

Historique

Voici presque cent ans paraissait un ouvrage scientifique qui allait faire date dans le monde des médiévistes : la Bibliographie générale des cartulaires français d’Henri Stein. Utilisé sans discontinuer par les historiens, c’est un ouvrage de référence qui fut incontournable. La zone géographique qu’il entendait couvrir était plus que vaste : la France, la Belgique, une partie de la Suisse et même quelques bribes d’Allemagne et des Pays-Bas, soit l’aire sur laquelle s’est exercée à un moment ou un autre l’influence de la France, que ce soit politiquement ou linguistiquement. Les notices étaient plus ou moins complètes et relativement fiables.

Très vite hélas, l’ouvrage fut dépassé par son succès : des études et des éditions de cartulaires se multiplièrent, de nouveaux manuscrits sortirent de l’ombre et d’autres disparurent dans le fracas des conflits mondiaux. La vie des manuscrits dans les dépôts d’archives et les bibliothèques se poursuivait : à de nombreux cartulaires on attribua de nouvelles cotes, certains documents changèrent de lieu de dépôt. Dès la fin des années trente, on pensa à réviser l’ouvrage – et l’auteur le premier avait entrepris une mise à jour interrompue par sa mort.

La section de diplomatique de l’IRHT, fondée dans la tourmente de la seconde guerre, se vit très vite chargée de cette mission de révision. Les membres de la section s’attachèrent d’abord à une région en particulier, une province ecclésiastique ancienne, la plus ample et une des plus riches : la province ecclésiastique de Reims. Pendant plus de vingt ans les cartulaires manuscrits de cette province furent recensés, analysés, mis en régestes… En parallèle l’IRHT commença le microfilmage de tous les cartulaires manuscrits conservés en France – une entreprise toujours pas achevée mais déjà fort bien avancée. Paradoxalement, le travail sur la province ecclésiastique de Reims était presque terminé quand on décida de le laisser en suspens pour se consacrer aux cartulaires du Sud-Est de la France, parallèlement à la grande enquête qui débutait alors à propos des Sources d’histoire économique et sociale. C’est ainsi qu’un répertoire imprimé des cartulaires manuscrits du Sud-Est de la France est sorti des presses du CNRS, il y a quelques années à peine ; tandis que les dossiers sur la province ecclésiastique de Reims restent, pour l’instant, à l’état inédit.

Depuis déjà une bonne dizaine d’années, la section réfléchissait à l’opportunité d’une base de données concernant les cartulaires manuscrits. Très vite, l’idée d’une simple vitrine aguichant les visiteurs pour les pousser à acheter d’hypothétiques versions imprimées fut abandonnée. L’idée d’un répertoire électronique était d’autant plus séduisante qu’elle permettait de dépasser pratiquement toutes les angoisses qui avaient tétanisé la section jusqu’ici : c’est à l’instigation de Paul Bertrand que fut envisagée une base de données évolutive, qui ne soit ni complète ni parfaite ni aboutie à sa publication, mais qui soit d’ores et déjà utilisable et interrogeable. Une base de données qui soit perfectible et qui permette aux chercheurs extérieurs de proposer leurs corrections ou additions… Une base de données qui, par son approche à la fois globale et son incomplétude reconnue, permet de publier au fur et à mesure de l’avancement des travaux les résultats de ceux-ci. Une base de données qui soit accessible à tous gratuitement, dans l’esprit du service public rendu par la recherche sur fonds publics. Une base qui permette, par sa modélisation, toutes les interopérabilités possibles avec d’autres répertoires apparentés.

L’objet en était le recensement de tous les cartulaires manuscrits : le concept de cartulaire envisagé ici est à prendre au sens large, prenant en considération tout recueil de copies, et non dans l’acception restreinte propre aux diplomatistes médiévistes. C’est le concept de cartulaire « au sens large » tel que l’envisageait d’ailleurs Henri Stein.

D’abord conçu sous Microsoft Access en 2001-2002, le répertoire trouva son squelette scientifique avec le matériau de la centenaire Bibliographie des cartulaires français . C’est à Maylis de Valence surtout que l’on doit cette première saisie. Les données bibliographiques proposées par Stein furent mises à jour dans la mesure de nos connaissances. On ajouta au corpus ainsi réuni tous les cartulaires que Stein n’avait pas repérés mais qui étaient tombés dans l’escarcelle de la section au fil des missions photographiques : plus d’un millier de manuscrits qui ne sont pas dotés du mythique « numéro Stein ». Toutes les notices de cartulaires qui avaient été microfilmés par l’IRHT furent munies des identifiants permettant au lecteur de retrouver ces microfilms dans les filmothèques de l’IRHT, à Orléans comme à Paris.

En 2005, un jeune stagiaire DESS archives-images de Montauban, Christophe Jacobs, réfléchit avec nous à la potentielle publication sur le web de la base de données. Il conçoit alors une base MySQL-Php et migre toutes les données de la base Access. Cette base MySQL permettra aux chercheurs de la section de compléter et corriger les données en ligne, dans un espace protégé cependant : pas encore de publication, mais un instrument de travail de l’équipe. En parallèle, Christophe Jacobs met en place des modules de description de géographie institutionnelle, qui permettront des interrogations encore plus affinées.

En 2006, le projet TELMA voit le jour. Il s’agit de montrer que les solutions technologiques proposées par la plate-forme permettent de publier et d’interroger aisément ce genre de répertoire massif –plus de huit mille manuscrits… Christophe Jacobs et Benjamin Suc, engagés tous deux sous des CDD par TELMA, relèvent le défi pour la base « CartulR ». Ils sont soutenus par toute la section : Maylis de Valence, Caroline Bourlet, Stella Quérol et le responsable, Paul Bertrand, qui est aussi un des directeurs scientifiques de TELMA. Très vite des nouveaux soutiens arrivent : Louise Corvasier, étudiante en histoire, Master 1, à l’université d’Orléans, s’adjoint pour quelques mois à l’équipe dans le cadre d’un stage effectué à l’IRHT, puis d’un petit contrat sur vacations, afin de corriger nombre de données, de nettoyer la base pour publication et enfin de dresser un « mode d’emploi » de la base à l’usage des collaborateurs. Colette Dufossé, élève à l’Ecole des Chartes, dans le cadre d’un stage effectué à la section en septembre-octobre 2006, ajouta sa pierre en complétant un ensemble consistant de notices de cartulaires manuscrits conservés à la BnF, grâce à la bienveillance et au soutien de M. T. Delcourt (resp. du département des mss à la BnF), de Mme M.-P. Laffitte (section des manuscrits occidentaux) et de tout le personnel du département des manuscrits de la BnF.

Le répertoire de sources CartulR n’aurait pu être publié aussi vite sans la plate-forme TELMA : la version XML, conforme aux spécifications définies par les Guidelines de la TEI, dans sa version P5, dotée de modules de recherches multiples, doit beaucoup au soutien de Gautier Poupeau et de l’Ecole nationale des Chartes. Cette collaboration entre deux institutions de pointe en matière de recherche sur le texte et le manuscrit s’est avérée exemplaire et fructueuse, comme le démontre l’instrument publié ici, mais aussi comme le prouvent les autres éditions proposées sur la même plate-forme.

Structure et logiques du répertoire

Dès les origines de la base sous le programme Access, le répertoire prend une structure complexe, double. Deux niveaux hiérarchiques de description des données.

  • Le premier niveau, le plus important, est le niveau « entité », qui contient les cartulaires « historiques » : les cartulaires qui ont existé « historiquement », à un moment et à un lieu déterminé, qu’ils soient actuellement conservés en original, en copies, en extraits, en fragments, qu’on ne les connaisse que par des mentions ou encore qu’ils soient perdus, etc. Chaque cartulaire est défini par son type : cartulaire stricto sensu, cartulaire-censier, cartulaire-inventaire, recueil d’actes, recueil de privilèges… puis par son titre, ou plutôt sa dénomination (puisque les titres originaux sont rares) qui le distinguera des autres, enfin par ses dates de création – on parle en terme de terminus post quem et de terminus ante quem, soit la « fourchette » chronologique déterminant la date de création/rédaction/copie du cartulaire. Des éléments bibliographiques complètent aussi ce niveau.
  • Le second niveau : les « exemplaires » ou plutôt, devrait-on dire, les manuscrits. A ce niveau sont détaillés, l’un après l’autre, tous les manuscrits composant ou liés à ce « cartulaire historique ». A chaque « entité » peuvent en effet être associés plusieurs exemplaires manuscrits, parfois bien différents : original, copies, extraits, mentions, analyses… Ce niveau contient toutes les informations codicologiques, diplomatiques ou autres relatives à ces manuscrits : de la cote du manuscrit à sa datation (toujours sous la forme de terminus post quem et terminus ante quem), de son type (original, copie, fragment, extrait, traduction, mention…), de son lien éventuel et direct avec d’autres manuscrits de la base, de ses numéros de repérage (Stein ou RCF, s’agissant du Sud-Est de la France), de son ampleur (nombre de feuillets, de pages…) ou de son support (parchemin, papier…), de ses dimensions, de ses copistes, de ses notes d’élaboration codicologique ou diplomatique, de sa composition, de son histoire…

Certes, cette structuration peut dérouter, mais elle permet une plus grande finesse dans l’approche historique du document. La granularité de la base s’en trouve affinée, notamment quant aux interrogations. De plus, le répertoire se trouve davantage en conformité avec les principes dégagés par la codicologie et l’ecdotique récentes, qui ont donné une nouvelle place à chacun des témoins d’une œuvre. En ce sens, la base CartulR se réclame d’une certaine « Nouvelle philologie », sans en accepter tous les excès.

Contenu

Le Répertoire CartulR est en devenir. Il est basé sur la Bibliographie d’Henri Stein et ses suppléments édités et inédits, complété et restructuré, corrigé amplement, doté d’additions bibliographiques récentes, complété par les manuscrits découverts par la section de diplomatique lors de ses enquêtes et lors des différentes missions photographiques anciennes, muni d’informations concernant la présence ou non de microfilms de ces cartulaires à l’IRHT – remplaçant ici le Répertoire des microfilms anciennement publié. Ce répertoire doit énormément, aussi bien sur le plan scientifique que technique, aux travaux de Jacqueline Le Braz, Odile Grandmottet, Jean-Loup Lemaître, Lucie Fossier, Anne-Marie Legras, Annie Dufour, Isabelle Vérité ainsi qu’à tous les collègues actifs au sein de la section de diplomatique. Il devrait, dans un proche avenir, être complété par la gigantesque documentation encore inédite relative aux cartulaires de la province ecclésiastique de Reims. On lui adjoindra également le contenu du Répertoire imprimé des cartulaires français du Sud-Est. D’autres dossiers s’y ajouteront par la suite, comme le dossier des cartulaires normands déjà bien travaillé par E. Lalou ou encore l’aperçu inédit des cartulaires belges réalisé par le père Huyghebaert et dont la section de diplomatique a hérité des fiches. D’ores et déjà, la base fait le point partiellement sur les connaissances de la section en matière de cartulaires et on espère que le « partiellement » disparaîtra bien vite.

Que de nouveaux collaborateurs nous prêtent main forte ! CartulR est un instrument ouvert. Tout chercheur qui veut collaborer pour une région ou un type de cartulaire est bienvenu. Après nous avoir contacté et été informé quant aux procédures de travail, il pourra ajouter ses notices, compléter ou corriger des anciennes notices directement dans la base MySQL, à laquelle il aura accès sous contrôle et mot de passe : une fois validées, ces notices seront automatiquement reversées dans le répertoire publié dans TELMA. Des collaborations plus institutionnelles sont prévues. Toute collaboration, individuelle comme institutionnelle, sera clairement mentionnée. En d’autres termes, chaque notice de cartulaire a son ou ses auteurs clairement identifiés (voir infra les données sous les onglets « crédits ») ; les noms des chercheurs seront associés à l’équipe des auteurs, dans la page de titre du répertoire (la page d’« accueil »).

Peut-être, probablement, doit-on dépasser largement les frontières de la France et ouvrir l’instrument aux cartulaires d’Europe, comme avait commencé à le faire Henri Stein. De la sorte, il sera devenu réalité, ce répertoire des cartulaires, ce « nouveau Stein » tant attendu par les chercheurs depuis plus de cinquante ans.

Avant d’utiliser cet instrument de travail, quelques précautions d’usage importantes. D’abord, la base du répertoire est constituée par les données de la Bibliographie d’Henri Stein ; or celles-ci sont parfois fort délicates à utiliser ou interpréter voire erronées ou obsolètes. Nous avons pris le parti de mentionner toutes les informations à notre disposition, et d’abord celles provenant du Répertoire d’Henri Stein, corrigées ou complétées si nous disposions de nouveaux éléments sûrs, dont nous avons notifié alors l’origine (article, note d’un collaborateur, etc.). De même, toutes les références bibliographiques proposées par Henri Stein ont été reprises ; nous avons ajouté les titres plus récents portés à notre connaissance, susceptibles de donner des informations sur tel ou tel manuscrit. Ces informations bibliographiques seront précisées par les recherches qui seront menées ultérieurement.